À 67 ans, Robert Descollonges, alias « Papy Robert », s’est lancé un défi qui dépassait largement le vélo. Relier Belleville-en-Beaujolais à Nice, en empruntant la Route des Grandes Alpes de Thonon à la Méditerranée, pour faire connaître la bronchiolite oblitérante post-infectieuse, la maladie rare dont souffre son petit-fils Gabriel, 16 mois. Parti le 8 août, arrivé à Nice le 24, il a roulé seul sur son VAE, franchi les grands cols alpins et multiplié les rencontres pour collecter des fonds. Une aventure soutenue notamment par le Crédit Agricole Centre-Est, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, des partenaires locaux du Beaujolais et plusieurs hébergeurs de la Route.
Pour en savoir plus sur le défi de Papy Robert : lescolsdusouffle.com
Pour faire un don : hopeforgabriel.com
Le déclic : rouler pour Gabriel
Tout est parti de Gabriel, mon petit-fils, surnommé Bibi. Il vit au Brésil et souffre d’une bronchiolite oblitérante post-infectieuse. C’est une maladie pulmonaire rare que pratiquement personne ne connaît. Quand on en parle, les gens pensent à la bronchiolite du nourrisson, mais ce n’est pas du tout la même chose.
Gabriel n’a que 16 mois et son quotidien est déjà très lourd : il a jusqu'à six heures de kinésithérapie respiratoire par jour et six heures de ventilation non invasive avec un masque, en trois séances de deux heures. Je cherchais ce que je pouvais faire pour faire connaître sa maladie, aider la recherche, les familles concernées et bien sûr ses parents, notamment pour les soins qui ne sont pas pris en charge au Brésil.
Un jour, j’étais sur mon vélo dans le Beaujolais et je réfléchissais encore à tout ça. Et d’un seul coup je me suis dit : « Mais t’es bête, tu es assis sur ton moyen de communication ! » C’est comme ça qu’est née l’idée de parcourir la Route des Grandes Alpes à vélo.
Un premier grand voyage à vélo
J’ai toujours aimé le vélo. Entre 20 et 30 ans, quand mon travail me le permettait, je faisais une sortie le samedi ou le dimanche, tranquillement, tout seul. Ensuite, pendant plus de trente ans, j’ai pratiquement arrêté. Je m’y suis remis à la retraite.
J’avais déjà roulé dans les Alpes, mais deux fois seulement. Je m’installais quelques jours à Bourg-d’Oisans ou à Valloire, je montais un col et je redescendais par le même côté. Je n’avais jamais fait quinze jours de vélo à la suite et encore moins un voyage itinérant comme celui-là.
Quand j’ai annoncé mon idée à mon fils, il m’a d’ailleurs dit : « Réfléchis bien, tu vas avoir 67 ans, ce n’est pas la même chose que de faire les cols du Beaujolais ! » Quand j’ai raccroché le téléphone, ma décision était déjà prise.
La préparation
Progressivement je suis monté jusqu’à trois sorties par semaine et j’ai surtout beaucoup testé mon matériel. Au départ, j’avais prévu un porte-bagages avec des sacoches, mais rien que l’ensemble à vide pesait déjà plus de trois kilos.
Malgré tout, je suis parti avec environ 15 kilos de bagages. Beaucoup trop ! Comme c’était mon premier voyage, j’avais tendance à tout prendre en double. À Valloire, pendant ma journée de repos, j’ai fait deux colis et renvoyé 4 kilos chez moi. J’avais compris la leçon !
La Route des Grandes Alpes en VAE
Mon vélo est un Orbea électrique équipé du moteur Ebikemotion Mahle X35 avec une assistance de 250 watts, donc il faut quand même pédaler ! Et surtout gérer la batterie. Je n’utilisais le niveau d’assistance maximal que dans les passages vraiment raides. Une recharge partielle pouvait prendre entre deux heures et demie et trois heures, donc il fallait anticiper. La seule fois où j’ai rechargé par précaution ma batterie, c’était à Val d’Isère, pour finir en sécurité le col de l’Iseran.
Et avec le poids du vélo et des bagages, certaines pentes restent très sérieuses. Rien que dans le col du Feu, j’ai vu 14, 15 et même 16 % sur mon compteur. Mon cœur est monté à 167 pulsations et j’ai préféré m’arrêter un moment !
Seul sur la route
Oui. Pas de voiture suiveuse, pas d’accompagnateur : juste moi et mon vélo.
Les moments les plus difficiles
Curieusement, l’étape la plus dure a peut-être été avant même d’arriver à Thonon ! Entre Cerdon et Saint-Julien-en-Genevois, il faisait très chaud, ça montait beaucoup et, comme c’était un dimanche, tout était fermé. Impossible ou presque de trouver un endroit pour boire ou se ravitailler.
Sur la Route des Grandes Alpes elle-même, j’ai trouvé les trois derniers kilomètres de la Colombière vraiment très durs. On voit le sommet, on croit qu’il est tout près et on a l’impression de ne jamais y arriver. Le Télégraphe m’a également fait souffrir, notamment parce que j’avais eu un violent vent de face auparavant.
Il y a aussi eu la chaleur. Dans la montée des Saisies, mon appareil indiquait plus de 32 °C alors que j’étais déjà en altitude. Et puis beaucoup de vent, notamment en Maurienne et plus au sud.
Le coup de cœur : la Cayolle
La Cayolle est pour moi le plus beau col. J’attendais vraiment cette étape et, comme la météo était mauvaise au départ de Barcelonnette, j’ai décalé mon départ jusqu’à midi. Je ne voulais pas faire la Cayolle sous la pluie et ne rien voir. Finalement, le temps s’est amélioré et j’en ai vraiment profité. Au sommet, en revanche, il y avait tellement de vent qu’au moment où je faisais ma photo avec mes drapeaux, le vélo est tombé !
Mais c’est difficile de choisir. Le Cormet de Roselend est magnifique, surtout quand on arrive vers le lac. L’Izoard et la Casse Déserte, c’est exceptionnel. J’ai découvert aussi le Turini, que j’ai adoré avec tous ses virages. Même les cols où j’en ai bavé, comme la Colombière ou le col du Feu, je les ai aimés. Bref, tous les cols sont magnifiques.
Une campagne itinérante pour Gabriel
L’objectif n’était pas simplement d’aller de Thonon à Nice. Il fallait profiter du voyage pour parler de la bronchiolite oblitérante, rencontrer des gens et collecter des fonds. C’était sa raison d’être !
Le Crédit Agricole Centre-Est nous a beaucoup aidés. Comme je suis client depuis très longtemps et que c’est aussi la banque de l’association, je leur ai proposé de m’appuyer sur leur réseau d’agences le long du parcours. L’idée leur a plu. Je suis donc parti de plusieurs agences, j’y ai rencontré des salariés, des administrateurs et des clients.
A Thonon la caisse locale a fait un don, à Beaufort des clients ont spontanément fait des dons. À Valloire, Maxime administrateur, atteint de la maladie de Charcot, m’a même accompagné sur un vélo VTTAE jusqu’au sommet du Galibier. À Briançon, Marc le Président de la caisse a monté à vélo musculaire l’Izoard avec moi.
La Région Auvergne-Rhône-Alpes a également soutenu le défi. J’avais notamment avec moi un petit drapeau de la Région que je sortais pour les photos aux sommets, ainsi que le drapeau du Beaujolais.
La solidarité sur la Route
Énormément ! Des hébergeurs ont été touchés par le projet et certains m’ont offert une nuit ou accordé une réduction. À Valloire, où j’avais prévu une journée de repos, par exemple, l’Hôtel de la Poste m’a hébergé gratuitement pendant deux nuits. Les propriétaires sont eux-mêmes sensibilisés à la question des maladies rares et ils ont tout de suite compris le sens de mon défi.
À Guillaumes, j’ai aussi rencontré des élus et des habitants. Nous avons passé environ une heure et demie à parler de Gabriel, de l’association et de la maladie. Là encore, des personnes ont fait des dons. Je ne peux pas citer tout le monde, mais c’est exactement ce que j’espérais en partant : provoquer des rencontres et faire parler d’une maladie dont personne ou presque ne connaît le nom.
« Oh, c’est Papy Robert ! »
Avec mon maillot, mon vélo et mes sacoches rouges, j’étais assez reconnaissable. Comme il y avait eu des articles dans la presse et des passages à la radio, des gens m’ont reconnu à l’Iseran, au Galibier ou à l’Izoard.
Au sommet de l’Izoard, j’ai même entendu : « Oh, c’est Papy Robert ! » Certains sont ensuite allés faire un don à l’association. Là, je me suis dit que le vélo était vraiment devenu ce fameux moyen de communication auquel j’avais pensé quelques mois auparavant.
Le casque au fond du ravin
Oui, au col de Castillon. Je voulais faire une photo devant le panneau et j’ai posé mon casque sur la sacoche arrière. Le vélo était appuyé contre le parapet, il a bougé et mon casque est parti dans le ravin, plusieurs mètres plus bas.
Des gendarmes sont arrivés au même moment. Ils m’ont déconseillé de descendre, mais je ne pouvais quand même pas terminer sans casque ! J’ai enlevé mes chaussures de vélo, mis mes claquettes et je suis allé le récupérer. Un cycliste qui passait m’a ensuite aidé à remonter. C’est finalement la seule véritable mésaventure du voyage.
Nice, le 24 août
C’était forcément très fort. France 3 m’attendait au col d’Èze pour faire un reportage et filmer ma descente vers Nice. À l’arrivée, il y avait plusieurs médias et des personnes venues spécialement pour m’accueillir.
Il y avait notamment, Alain, un ancien pneumologue urgentiste de Nice qui avait beaucoup aidé notre famille lorsque Gabriel était hospitalisé au Brésil. Mon fils avait réussi à le contacter via une connaissance commune et c’est lui qui nous avait expliqué avec des mots simples ce qu’était cette maladie. Le voir à l’arrivée m’a énormément touché.

Dix-sept jours sur la route
Je n’ai eu aucun problème technique. Pas une crevaison, pas une chute, rien ! C’est assez incroyable parce qu'avant de partir, j’avais eu plusieurs soucis avec mon vélo.
La météo a finalement été plutôt sympa avec moi aussi. J’ai eu très chaud au début, du vent, quelques passages sous la bruine ou la pluie, mais rien qui m’ait empêché d’avancer.
Plus de 13 000 euros collectés
Au moment où nous parlons, nous avons dépassé les 13 000 euros. Nous avions fixé l’objectif à 20 000 euros. Nous n’y sommes pas encore, mais tout n’est pas terminé : des collectivités doivent encore participer et des dons peuvent continuer à arriver grâce aux personnes qui découvrent le projet dans les médias ou sur les réseaux sociaux.
Mais au-delà du chiffre, si ce voyage a permis à des gens de découvrir le nom de la bronchiolite oblitérante, de comprendre ce que vivent Gabriel et d’autres enfants atteints de cette maladie et d’avoir envie de les aider, alors tous ces kilomètres auront vraiment servi à quelque chose.
Pour en savoir plus sur le défi de Papy Robert : lescolsdusouffle.com
Pour faire un don : hopeforgabriel.com
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