Mathilda Boissot : « Il ne faut pas avoir peur du plaisir ! »
À 31 ans, Mathilda est naturopathe et coach sportif en Saône-et-Loire. Ancienne skieuse de compétition, traileuse et cycliste plutôt occasionnelle, elle a profité d’une blessure qui l’empêchait de courir pour ressortir un vieux rêve de ses cartons : parcourir Route des Grandes Alpes® à vélo. Partie de Thonon le 13 septembre, elle a rejoint Nice huit jours plus tard. Une aventure vécue sans chrono ni recherche de performance. Une petite révolution pour cette compétitrice dans l’âme !

Mathilda, pouvez-vous vous présenter ?
J’ai 31 ans, je vis en Bourgogne, dans la région de Chalon-sur-Saône, et je suis naturopathe et coach sportif. À la base, je viens plutôt du ski alpin. J’en ai fait depuis toute petite, en compétition, sur le circuit national citadin.
Avec le temps, je me suis tournée vers le trail. J’y retrouvais ce que j’aimais dans le ski : la liberté, les grands espaces, la nature, le grand air. Le vélo est arrivé plus récemment, il y a cinq ou six ans, essentiellement en complément de mes entraînements. Je faisais surtout des sorties de 40 ou 50 kilomètres autour de chez moi.
Route des Grandes Alpes® : un vieux rêve ?
Oui, depuis très longtemps ! Quand j’étais petite, je suivais le Tour de France en camping-car avec mes grands-parents. Ma grand-mère me disait : « Tu verras, peut-être qu’un jour, toi aussi, tu seras sur un vélo dans les cols ! » Mais comme je ne me préparais jamais vraiment pour ça, je repoussais.
Le déclic ?
Une blessure ! Il y a presque un an, je me suis fracturé la clavicule en courant. J’ai été opérée, puis il y a eu des complications. Je ne pouvais plus courir que 8 ou 10 kilomètres, sur des terrains relativement plats, et je ne pouvais pas travailler le haut du corps.
En revanche, j’avais de bonnes jambes ! Je me suis donc mise à faire beaucoup plus de vélo. Et petit à petit, j’ai pensé : « j’ai les jambes, je ne peux pas courir, il faut bien faire quelque chose ! C’est l’année ou jamais pour la Route des Grandes Alpes®. »
L’habitude des longues distances ?
Pas du tout ! Ma plus grosse sortie devait faire 100 ou 130 kilomètres. Et à l’époque, je m’étais dit : « Plus jamais ça ! Deux heures de selle, c’est déjà bien assez ! » Finalement, j’ai découvert que lorsqu’on roule dans de bonnes conditions, avec un vrai projet et des paysages extraordinaires, c’est complètement différent.

Quel itinéraire ?
Je suis partie de Thonon le 13 septembre et j’ai suivi la trace principale en empruntant la variante de la Bonnette, sans rater un grand col ! À l’origine, je pensais m’arrêter à Menton, mais j’ai continué jusqu’à Nice ! Au total, j’ai roulé huit jours, du 13 au 20 septembre, pour environ 730 kilomètres.
Seule ou accompagnée ?
Seule sur le vélo, oui, mais ma famille me suivait en van. J’étais donc en semi-autonomie. Nous avons fait seulement deux campings. Le reste du temps, nous cherchions des endroits tranquilles où passer la nuit. Eux dormaient dans le van et moi sous ma tente.
Dans la journée, j’étais généralement seule. J’avais une petite sacoche sur le guidon avec ma nutrition et quelques vêtements. Ma famille ne me retrouvait qu’occasionnellement, par exemple au sommet de l’Iseran ou au Lautaret.
Quel vélo ?
Le mien : un Trek Domane AL 4. Le magasin qui s’occupe de mon vélo m’a accompagnée dans le projet. Nous avons fait une étude posturale, changé la potence et remplacé les roues pour gagner environ 900 grammes.
J’avais également demandé un porte-bidon de triathlon derrière la selle afin de pouvoir transporter trois bidons. Sur les efforts longs, je m’alimente beaucoup avec des boissons d’effort et je mange assez peu. Avoir suffisamment de liquide était donc essentiel !

Et côté météo ?
Exceptionnelle ! Les deux premiers jours, dans le Beaufortain, il faisait autour de 28 à 30 °C, mais je supporte plutôt bien la chaleur. Ensuite, nous avons eu des conditions incroyables. Au sommet de la Bonette, mon père m’a dit : « Je n’ai jamais vu la Bonette sans vent ! » Nous étions là-haut en tee-shirt. À cette altitude, en septembre, c’était assez exceptionnel.
Trois ou quatre cols à retenir ?
L’Izoard, sans hésiter ! C’est presque trois paysages dans une seule ascension. On part dans les alpages, on traverse ensuite une partie plus boisée et, en arrivant vers le sommet, on bascule dans un univers complètement lunaire.
Je mettrais aussi le Cormet de Roselend. La descente vers Bourg-Saint-Maurice était magnifique, très bucolique à cette période de l’année. Et puis le Télégraphe, notamment pour un souvenir amusant. Un jeune cycliste allemand m’a doublée en pensant probablement me déposer. Sauf qu’à mi-col, il s’est retourné… et j’étais toujours derrière lui !
Les moments difficiles ?
À cause du vent dans la vallée de la Maurienne, après la descente de l’Iseran. De Bonneval jusqu’à Orelle, j’ai eu environ 60 kilomètres avec un vent qui remontait la vallée. J’en suis arrivée à me mettre en danseuse dans les descentes pour avancer ! J’ai presque davantage subi cette partie que la montée de l’Iseran.
Et puis j’ai crevé dans la vallée de la Tinée, après la Bonette. Je regardais le paysage et je n’ai pas vu des morceaux d’une bouteille en verre sur la piste cyclable. J’ai réparé moi-même. J’ai simplement demandé à ma famille une vraie pompe pour pouvoir remettre la bonne pression.
Que retenez-vous de ces huit jours ?
Du pur bonheur. La banane de A à Z ! Bien sûr, ce genre de voyage se prépare. Même lorsqu’on ne recherche pas la performance, il faut avoir un minimum d’entraînement. Mais justement, ce que j’ai découvert, c’est qu’on peut prendre énormément de plaisir sans objectif de temps, de vitesse ou de classement.
Pour moi, c’était nouveau. J’ai un tempérament très compétitif : quand je fais du ski ou que je cours une course, j’ai envie de monter sur la boite. Là, je n’avais aucun objectif de chrono ou d’allure. Je voulais simplement avancer, regarder autour de moi et profiter. Et ça fait énormément de bien de vivre une aventure comme celle-là juste pour soi.
Un message aux femmes qui hésitent encore ?
Il ne faut pas avoir peur ! Certains cols me paraissaient vraiment inatteignables avant de partir. Et puis, finalement, ça se fait. On avance à son rythme. Si on a besoin de s’arrêter dans un col pour récupérer, on s’arrête. Ce n’est pas grave. À partir du moment où l’on s’est préparée et où l’on se fait plaisir du début à la fin, il faut y aller.
Il ne faut pas avoir peur du plaisir, tout simplement !