Après avoir avalé la Route des Grandes Alpes en moins de 39 heures l’an passé, Thibaut Clément s’attaque cette fois à un autre mythe du cyclisme : les 7 Majeurs.
Update : la video de l'aventure
360 km, > 10 000 m D+, 7 cols légendaires tous au-dessus de 2000 m : Izoard (2360 m), Agnel (2744 m), Sampeyre (2284 m), Fauniera (2481 m), Lombarde (2350 m), Cime de la Bonnette (2802 m), Vars (2108 m). Le 9 août 2025, Thibaut Clément les a enchaînés en autonomie complète en à peine plus de 16 heures, améliorant la meilleure marque connue de presque 1 h 15. Retour sur cette journée hors du commun, marquée par une canicule presque fatale et une gestion millimétrée de l’effort, du premier coup de pédale au coucher du soleil.
Thibaut, pourquoi les 7 Majeurs ?
Chaque année, je me fixe un objectif. En 2023, j’ai traversé la Corse par la GT20. En 2024, c’était la Route des Grandes Alpes. Cette année, je voulais m’attaquer au parcours mythique des 7 Majeurs, à la fois pour le défi et pour découvrir des cols et des paysages que je ne connaissais pas encore. Et puis, inscrire une nouvelle marque sur un parcours de référence, c’est toujours stimulant.
Comment s’est décidée la date ?
Je n’avais pas vraiment le choix. Entre mon travail, mes vacances, le Tour de la Réunion en septembre et d’autres courses, le créneau disponible tombait en pleine canicule. Heureusement, avec de nombreux passages au-dessus de 2000 m, je savais que je trouverais un peu de fraîcheur.
Tu es parti d’où et à quelle heure pour cette tentative de record sur les 7 majeurs ?
Le samedi 9 août à 6 h depuis Briançon. Je visais une arrivée autour de 22 h. L’idée était de partir aux premières lueurs pour finir aux dernières. J’ai dormi sur place la veille. Je me suis levé à 4 h 30 pour prendre un bon petit-déjeuner et j’ai respecté mon horaire de départ. Tout de suite, j’ai senti que les jambes étaient bonnes et que ça allait être une belle journée !
Quel matériel avais-tu emporté ?
Une sacoche de cadre avec un kit de réparation et de la nourriture : des barres, gels et compotes salées, plus un banana bread que j’ai mangé en trois fois et des sachets isotoniques. Au total cela faisait presque 4kg. Ravitaillements en route : Orangina + tarte aux myrtilles avant la Bonnette, et deux croissants au pied du col de Vars. En vêtement j’ai juste emporté une petite veste coupe-vent/Gore-Tex pour les descentes et en cas d’orage.
Quel poids total ?
Je pèse 74kg. Le vélo avec lampes et GPS était à 8kg. La sacoche à 4. Poids total : 86kg.
Comment s’est passée la première partie du parcours ?
L’Izoard a filé vite, j’ai mis 30 minutes de moins que lors de ma traversée de la Route des Grandes Alpes. Descendu dans le Queyras, j’ai bifurqué à gauche en direction du col Agnel, splendide sous un soleil rasant. Puis, après une longue descente en Italie, j’ai enchaîné par le col de Sampeyre : 14 km à plus de 8 %, sur une route étroite mais en bon état.
Quel a été le col le plus difficile ?
La Fauniera, en Italie, juste après le col de Sampeyre. Très irrégulier, sur une petite route qui ne “rend” pas bien, avec des passages gravillonnés et des ruptures de pente à 20 %, un peu comme dans le col de la Loze.
Où as-tu gagné ou perdu du temps ?
J’ai perdu du temps dans les descentes par rapport à mes prévisions, mais j’en ai gagné dans les montées. En août, il y a pas mal de circulation et il faut rester extrêmement vigilant. D’autre part, certaines routes n’étaient pas en très bon état. J’ai vite compris que j’étais à la merci d’un nid-de-poule, qui pouvait provoquer une crevaison. Parfois du gravier rendait l’équilibre du vélo plus instable, surtout avec le balancement de ma sacoche de cadre. Donc j’ai limité les risques en descente au maximum.
Dans la seconde moitié du parcours, tu as été victime d’un coup de chaud dans la montée de la Lombarde, côté italien ?
Il n’y avait pas d’ombre dans la montée et j’ai pris gros coup de soleil sur la tête. Au sommet : mal de tête, frissons, perte de lucidité, jambes tremblantes, probablement une insolation. Dans la descente vers Isola, je ne me souvenais même plus du nom du col suivant…
Comment as-tu réagi ?
Je me suis arrêté à une fontaine et j’ai plongé la tête dedans. Puis je suis entré dans un bar pour boire un Orangina et manger une tarte aux myrtilles. Ce n’était pas prévu, car j’étais parti en autonomie alimentaire. Mais il fallait que je calme mes vertiges pour que la Bonnette ne soit pas un chemin de croix.
Comment s’est passée la montée du col de Bonnette ?
J’avais toujours mal à la tête et je n’ai pas pris d’aspirine. Je suis monté en mode économie d’énergie : 235 W au lieu de 270 W sur les autres cols. Avec deux arrêts pour m’asperger la tête. Je craignais vraiment qu’une insolation me force à m’arrêter pour une sieste d’une heure, donc j’ai géré au mieux. Quand la chaleur est tombée, j’ai pu reprendre un rythme normal.
La fin de journée ?
Après la descente de la Bonnette, il restait le col de Vars, le « Petit Poucet » de la journée, avant de plonger vers Guillestre et revenir à Briançon. Ça ne s’est pas trop mal passé. Enfin, ça s’est passé… Les grosses difficultés, l’insolation et l’altitude, étaient majoritairement derrière moi.
Une belle nouvelle marque ?
Au total, j’ai roulé 15 h 25 min 18 s, pour 16 heures et 6 minutes de temps total, soit presque une heure quinze de moins que la meilleure marque enregistrée. Finalement, mon coup de chaud m’a obligé à m’arrêter 40 minutes au lieu de 30 minutes prévues !
Objectif 2026 ?
Je ne sais pas encore. À toi de me le dire…





