Loubna et Nathalie défient la Route des Grandes Alpes

« Deux parcours de vie, une même énergie ! Loubna et Nathalie ne veulent pas seulement traverser les Alpes : elles veulent ouvrir une voie, et montrer que l’aventure féminine a toute sa place sur les grandes routes de montagne. »

Début juillet, Loubna Freih et Nathalie Monnier s’engageront dans une aventure sportive, humaine et symbolique, avec l’envie de poser une première référence féminine en duo sur l’itinéraire mythique de la Route des Grandes Alpes, l’un des plus exigeant en Europe. Derrière la marque, il y a la volonté d’ouvrir un peu plus le champ des possibles pour les femmes dans le voyage à vélo et l’ultrabiking. Un message fort sur leur place dans l’endurance et l’aventure. Rencontre croisée avec Loubna et Nathalie.

Loubna, Nathalie, pouvez-vous vous présenter ?

Loubna : Je m’appelle Loubna Freih, j’ai 58 ans et je vis à Verbier, en Suisse, à 1 500 mètres d’altitude. Je suis maman de deux jeunes hommes, très sportifs, et la montagne est vraiment le fil conducteur de notre vie familiale. Professionnellement, je suis préparatrice mentale. J’ai un parcours initial à Sciences Po et en journalisme, ce qui m’a amenée à beaucoup voyager avant de recentrer ma vie autour des montagnes.

Je suis engagée depuis plus de 30 ans dans les droits humains et je siège aujourd’hui au conseil d’administration de Human Rights Watch. Le monde est complexe, parfois violent, souvent inégal, et cet engagement nourrit profondément mon regard sur la performance, la résilience et le sens de l’action. Je m’intéresse aussi de plus en plus au droit environnemental : les montagnes que nous aimons sont fragiles, et le sport peut être une manière de créer du lien avec ces territoires pour mieux les protéger.

Nathalie : Je m’appelle Nathalie Monnier, j’ai 40 ans, je vis à Ayent, dans les Alpes suisses, et je suis originaire de Crans-Montana. J’ai grandi dans un environnement très équilibré entre sport et culture : mon père, ancien footballeur professionnel, m’a transmis le goût de l’effort, et ma mère m’a ouvert au monde artistique. Je suis mariée à Fabien, vététiste semi-professionnel, avec qui je partage énormément d’aventures à vélo. Professionnellement, je fais partie de la direction d’un grand groupe d’assurance suisse, où je suis responsable des services et écosystèmes digitaux.

En parallèle, je suis très investie dans le milieu cycliste local : comité de la Fédération cycliste valaisanne, cofondatrice d’une communauté cycliste féminine en Suisse romande, contributrice média et directrice de course pour deux événements. J’aime multiplier les projets, leur donner du sens, et créer des dynamiques collectives. Je suis curieuse, engagée, optimiste… et parfois un peu impatiente : j’aime quand les choses avancent !

Le vélo, c'est arrivé quand et comment ?

Loubna : Je n’ai pas un parcours de sportive précoce. J’ai toujours eu de l’énergie, j’ai beaucoup skié, mais le sport d’endurance est venu plus tard. J’ai commencé par la course à pied quand mes enfants étaient petits, puis le ski-alpinisme en compétition, avec des formats de plus en plus longs. Le moment marquant a été la Patrouille des Glaciers, cette course de nuit entre Zermatt et Verbier, où j'ai fini 2ᵉ en 2018. D’ailleurs nous repartons en 2026 avec la même équipe !

Ensuite, je me suis lancée dans le triathlon, puis dans l’Ironman, avec un objectif très clair : me qualifier pour Hawaï. En 2024, j’ai d’ailleurs été sacrée championne du monde Ironman dans ma catégorie d’âge. C’est dans le triathlon que j’ai vraiment découvert le vélo. J’ai été saisie par la liberté, la vitesse, le rapport direct au paysage. Aujourd’hui, le vélo est pour moi un sport à part entière, une vraie passion. Il est devenu un espace d’exploration à part entière, presque méditatif parfois, et profondément vivant.

Nathalie : De mon côté, j’ai toujours eu un lien fort avec le sport : équitation à niveau national, danse classique, tennis, puis course à pied et natation. L’hiver, je faisais du ski-alpinisme en compétition. Vers 28 ans, j’ai rejoint un club de triathlon et découvert le vélo de route. Puis j’ai ressenti le besoin de me consacrer pleinement à une discipline, et j’ai choisi le vélo. J’ai commencé par les Granfondo, l’Étape du Tour, La Marmotte, avant d’allonger les distances.

Avec mon mari, on a voulu tester nos limites et on s’est lancé des défis personnels, comme un tour des stations non officiel de 250 km et 9 000 m de dénivelé. Puis je me suis tournée vers l’ultracyclisme : Race Across Switzerland, Swiss Challenge… J’ai remporté le scratch féminin de la Transpyrenea et décroché un titre européen de grimpeuse sur la Tremola. Ce que j’aime et ce que je recherche, c’est l’endurance longue, l’aventure, le dépassement de soi, la gestion de l’inconfort.

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Loubna : Lors d’un camp d’entrainement féminin organisé par Nathalie à Crans-Montana. C’était pour préparer la Haute Route. Très vite, on a senti qu’on roulait au même rythme et avec la même énergie. J’ai beaucoup apprécié sa manière de créer un espace où il y a de la performance, mais sans pression inutile. On peut être exigeante sans être dans la comparaison. J’ai aimé chez elle sa générosité, sa capacité à rassembler sans exclure…

Nathalie : Loubna s’est inscrite après avoir connu le camp sur les réseaux. Elle est arrivée avec une énergie incroyable, très inspirante. Le courant est passé immédiatement. Notre différence d’âge crée un lien particulier, basé sur la confiance et l’estime mutuelle. Très vite, une vraie amitié est née et on a eu envie de partager d’autres projets.

Pourquoi la Route des Grandes Alpes ?

Loubna : Je l’avais déjà parcourue, il y a une dizaine d’années, de Genève à Nice. J’en garde un souvenir très fort : les cols, comme le col du Galibier ou le col de l’Iseran, la progression vers la mer, cette sensation de traverser un monde. Fin 2025, je cherchais un nouveau défi après les Ironmans. En retombant sur l’itinéraire, j’ai eu envie de le refaire mais cette fois en mode performance, pour mesurer le chemin parcouru en dix ans. L’idée : aller vite mais sans se mettre en danger et poser une première marque féminine en duo. L’idée de le faire avec Nathalie s’est imposée naturellement.

Nathalie : L’idée m’a séduite immédiatement. C’est une aventure sportive exigeante, mais aussi un projet humain. On sait que ce sera dur : en kilomètres, en dénivelé, en gestion du sommeil, de la météo. Mais on se connaît bien, on sait comment l’autre fonctionne. Il y a une vraie complémentarité et on partage cette envie de tenter, même quand c’est ambitieux.

Les Alpes, c'est quoi pour vous ?

Loubna : Un lieu d’ancrage, d’humilité, de transmission. Les parcourir à vélo, c’est une manière de les honorer.

Nathalie : C’est mon terrain naturel. La montagne m’a construite. Elle oblige à l’adaptation, à la patience, à la solidarité, exactement ce que demande notre projet.

En quoi votre projet dépasse-t'il le sport 

Loubna : J’ai toujours travaillé sur l’accès des femmes au sport, notamment dans des contextes où cela n’est pas acquis. Le cyclisme d’itinérance reste encore très masculin. Rouler longtemps, parfois de nuit, peut freiner. Ce projet, c’est une manière de dire : une femme peut apprendre, oser, sortir de sa zone de confort et cela à tout âge.

Nathalie : On veut montrer la diversité des profils féminins dans le vélo. Il n’y a pas une seule manière d’être cycliste. Si notre aventure donne envie à d’autres femmes de se lancer, à leur niveau, alors c’est déjà énorme. Je crois à la mixité, mais il faut parfois des initiatives visibles pour faire bouger les lignes.